Stephen Gill

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Photographe anglais, très tôt repéré par son compatriote Martin Parr pour ce regard attentif porté aux pans souvent négligés de notre société, Stephen Gill (1971) a fait œuvre de sa ville, Londres. Au travers de séries photographiques menées souvent parallèlement, il portraiture non la mégapole, mais un tissu urbain et ses habitants. Le voici photographiant Londres et ses oiseaux, le revers de ses panneaux publicitaires, les passants perdus dans ses rues, les usagers de ses trains. Puis, rapidement, il restreint son champ d’action à son seul quartier, Hackney, centre d’un vaste marché alimentant les populations défavorisées, et dont le destin a été scellé avec les Jeux Olympiques et ses grands chantiers. Pendant près de quinze années, il arpente ses rues et terrains vagues. C’est sur ce territoire mi-ville mi-friche que Stephen Gill réalise plusieurs séries photographiques qui feront date. Qu’il s’agisse d’Hackney Flowers, dans laquelle il appose sur ses images les fleurs récoltées lors de ses promenades ou encore Talking to Ants, où il immisce dans la lentille même de l’appareil des objets trouvés à proximité, il poursuit sa quêted’imprégnation du lieu dans l’image. Naissent, au travers de cette pratique photographique, des objets sédimentés, entre album de souvenir et herbier. Le voici devenu ‘ant’, fourmi, attentif à ce que le paysage formule au travers du moindre de ses détails. Viennent ensuite les séries plus récentes telles Pigeons, série par laquelle, appareil fixé au bout d’un bras téléscopique, il investigue le dessous des ponts et autres recoins peu reluisants de nos villes pour portraiturer les pigeons dans leur environnement et révéler cet infra-monde qu’ils habitent. Ou encore Best Before End, qui semble boucler un cycle pour cet explorateur urbain, exposant là toute l’intensité de la vie au cœur de la mégapole par l’introduction dans le processus de développement de ses tirages de ces boissons énergétiques désormais si répandues.